Rodolphe Girard annonce dès 1903 qu'il élucidera l'origine de la Chanson de Marie Calumet dans une étude de moeurs. Promesse à peu près tenue dans le roman du même titre, qu'il situe dans la paroisse imaginaire de Saint-Ildefonse en 1860. On y suit Marie Calumet, une ménagère dégourdie appelée au secours d'un presbytère sens dessus dessous. Son ascension dans la hiérarchie du hameau est fulgurante, si bien qu'elle en vient à suppléer le curé, à exercer un rôle public, voire politique. Cela lui vaudra l'amour de deux rivaux mal dégauchis, mais à plus forte raison l'affection générale. Marie Calumet annonce une modernité littéraire par un jeu formel aux dépens du récit apologétique, qui tente à cette époque de s'imposer comme modèle unique au Canada français. À la faveur de la critique littéraire naissante, l'Église asservira bientôt la fiction à l'idéalisation de l'agriculture, de la religion et de la mère patrie. Ce projet de « nationalisation de la littérature » ne saurait tolérer la satire, encore moins la subtile critique de ses hypocrisies. Voilà le tort de Marie Calumet, dont le ton comique et la sensibilité à la « parlure » dialoguent avec le paysan au lieu de le prendre de haut. Effet à la fois du contexte et de la force du texte, la mise à l'Index sera démesurée et, surtout, remarquée. La republication systématique d'une version censurée du livre occultera par la suite la véritable portée contestataire de Marie Calumet. Nous choisissons quant à nous de rendre au roman son texte original, et au texte les éléments qui, absents, tus, le dénaturent. Car c'est sa langue, son irrévérence, sa portée carnavalesque et sa représensation des figures de l'imaginaire populaire qui font de Marie Calumet l'oeuvre qu'elle était à sa parution et qu'elle redevient aujourd'hui. Au roman s'ajoutent en fin de volume une chronologie et une postface substantielle de Jean-Philippe Chabot, éditeur responsable de cette réédition, et qui en a été l'instigateur.
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